Ciel, mon dentier !

La prise en charge publique des personnes âgées : un sujet épineux aux enjeux majeurs

Je vous retrouve aujourd'hui, mes bien-aimés frères humains, pour vous projeter dans un univers qui me tient particulièrement à coeur et qui va inévitablement devenir un axe considérable de la politique menée par l'ensemble des Etats africains : la manière dont il convient de gérer la vieillesse. Mais dans cette entreprise, je ne peux me lancer seul ; aussi ai-je demandé à mon ami Alexandre Gotonou de m'accompagner ce soir. En tant qu'ingénieur statisticien économiste membre d'AFRISTAT, il est beaucoup plus qualifié que moi pour évoquer ce genre de questions. Aussi, laissons-lui la parole.

 AFRISTAT, Observatoire économique et statistique d'Afrique sub saharienne

- Merci, grand chef. Tout d'abord, sachez qu'AFRISTAT est un observatoire statistique, né d'un traité signé en 1993 par 14 Etats dont le Gabon puis rejoint plus récemment par la Guinée, la Guinée Bissau, la Mauritanie, le Cap Vert, sans oublier le Burundi, dont la mission consiste à "contribuer au développement des statistiques économiques, sociales et de l'environnement" mais également à "conseiller les instituts nationaux de statistique" de chaque pays membre. Son rôle est donc capital puisqu'il permet de garantir une indépendance en termes de prise de données vis-à-vis des pays occidentaux (rendez-vous compte qu'à ce jour, la CIA américaine est en mesure de livrer plus d'informations sur nos territoires que nous ne le pouvons nous-mêmes !) ; de plus, un Etat qui connaît précisément sa situation économique et sociale tout en étant capable de la mesurer à l'aide de chiffres ou de pourcentages devient d'autant plus fort et puissant car il peut ensuite élaborer des politiques beaucoup plus précises en vue d'accéder à un meilleur niveau de développement. Cependant, plusieurs obstacles se dressent actuellement devant les yeux des gouvernements africains, parmi lesquels le statut public des plus de 65 ans (une limite très arbitraire sur ce continent à cause de l'espérance de vie qui place déjà bien souvent les hommes et femmes de 45-50 ans au crépuscule de leur vie)...

 

- Mais cela ne va pas durer, car on prévoit que le vieillissement démographique se déroulera de manière très rapide et relativement soudaine chez nous. Il y aura par conséquent de plus en plus de vieillards comme moi, et il faudra bien déterminer ce que l'on va en faire !

 Affiche officielle de la 7ème conférence internationale sur le SIDA à Yaoundé, en 1992

- Exactement, et ce alors que la notion d'aide aux personnes ayant des difficultés liées à la vieillesse était quasiment inexistante jusqu'à une date récente... Cela dit, un tel désintéressement du sort des seniors reste compréhensible. D'une part, ce n'est pas considéré comme une priorité politique : les jeunes plus nombreux posant énormément de problèmes aux autorités en ce qui concerne leur scolarisation, leur insertion sur le marché du travail, la prévention de la délinquance ou encore des maladies sexuellement transmissibles, elles n'ont pas le temps de s'occuper en plus d'une partie de la population qui reste très minoritaire. D'autre part, leur situation économique fragile ne les incite pas à consacrer une trop grosse partie de leur budget au bichonnage de leurs personnes âgées. Ainsi, les retraites attribuées sont généralement modiques et rarement accordées, tandis que l'accès aux infrastructures de soin comme les hôpitaux se voit très limité, notamment en zone rurale où l'on trouve pourtant le plus d'honorables sages (un collègue ougandais m'indiquait il y a peu que près de 95 % d'entre eux vivent à la campagne dans son pays !).

 

- Enfin tout cela, c'était hier, n'est-ce pas mon petit Alexandre ? Petit à petit, les choses évoluent...

 

Le guépard qui va toujours de l'avant- Il est vrai que de plus en plus de nations se mettent à instaurer des mesures centrées sur l'accompagnement du vieillissement, à l'exemple de l'île Maurice ou de l'Afrique du Sud qui ont tous deux créé un système de retraite non contributif dans lequel tout citoyen de plus de 60 ans bénéficie d'une retraite minimale même s'il ne cotise pas pour l'obtenir. A leur suite, d'autres se sont lancés, bien qu'assez timidement, mais ce n'est pas le cas de tout le monde principalement parce que ce système possède quelques inconvénients : il a en effet été constaté que, dans ces pays, les personnes âgées ont une fâcheuse tendance à ne pas travailler aussi longtemps, préférant s'occuper de leur foyer. A l'inverse, sans retraites, elles affluent en masse sur le marché du travail. C'est pourquoi l'on assiste progressivement à l'éclosion d'un débat sur les modalités de cette prise en charge : certains syndicats revendiquent le passage à un âge de la retraite plus tardif pour permettre aux seniors de travailler aussi longtemps qu'ils le souhaitent, alors même que d'autres organisations préconisent l'extension du modèle sud-africain à tout le continent afin que les entreprises puissent embaucher un maximum de jeunes censés être plus productifs. 

 

- La solution que les Etats africains décideront d'appliquer sera donc cruciale dans la détermination de leur avenir, notamment au niveau de leur compétitivité économique. Et le choix n'est pas aussi simple qu'il y paraît : vous pensez sûrement qu'ils feraient mieux de privilégier un accès juvénile au travail, mais les Anciens, bien que moins énergiques, sont parfois bien plus méthodiques et organisés ! Ils n'hésitent pas, dans la plupart des cas, à rationaliser leurs activités en essayant d'effectuer une tâche avec le moins de gestes possibles, prennent des décisions rapidement car ils arrivent à organiser leur idées (alors que certains adultes à la tête trop remplie de pensées externes envahissantes n'en sont pas capables), tout en possédant une expérience qui leur permet de travailler plus vite, ou mieux tout du moins, par rapport à leurs fougueux comparses. Certes, je prêche quelque peu pour ma paroisse, mais les faits sont là pour appuyer mes dires. A vous de vous faire votre propre opinion... Je te remercie, mon bon Alexandre, d'avoir accepté si chaleureusement mon invitation ; n'oublie pas de transmettre mes amitiés à ta famille !! Quant à vous, chers Européens, il est grand temps de rejoindre vos matelas de natte respectifs. A demain, et faites de beaux rêves ensoleillés !

La nuit tombe sur le village endormi !

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